Alain et son Brin de Folie

Le 16.11.04 à 19.00 Titre:" La fin. "



C’est la fête de la fin du Ramadan. Il m’a semblé que c’est surtout une fête familiale et religieuse. On mange, on prie et on s’habile de sa plus belle djellaba pour sortir un peu dans la médina. Encore un régal pour mes yeux. Pour moi le ramadan est fini depuis plus de quinze jours. Je n’ai pas réussi à suivre le rythme de vie essentiellement nocturne et je me suis préservé pour la navigation suivante. Le ramadan fatigue l’organisme et je ne pensais pas rester aussi longtemps à Essaouira. J’attends un colis que UPS Maroc rechigne à m’expédier. Il s’agit d’un nouvel appareil de communication satellitaire en échange sous garantie. Le premier n’a jamais fonctionné. Le second est bloqué depuis quinze jours à Casablanca alors qu’il n’a mis que quatre jours pour y arriver depuis le Canada. Je n’ai pas de frais de douanes à régler. Le transporteur a pris 110 dollars pour l’expédition et m’a encore soulagé de 70€ pour des frais de douanes qui n’existent pas. Malgré une vingtaine de coup de fil, quatre fax et une intervention des douanes de Casablanca, mon colis n’est toujours pas arrivé Je reste patient. -------> Je viens aussi de m’apercevoir que mon pilote automatique a pris l’eau. Son moteur est oxydé et fait un drôle de bruit. Il n'est plus sous garantie depuis 10 jours seulement. Et dire que je l’ai acheté (800€) en pensant que c’était le meilleur modèle et pour remplacer un vieux pilote qui avait aussi ce défaut. Je sens bien que je vais encore devoir pleurer pour rien et que la garantie va passer à l’as. Ou plutôt à l’eau. Toujours la même conclusion :

Plus on a de matériel, plus on consomme et plus on a de soucis, d’insatisfaction, plus on se fait avoir. La consommation devrait nous apporter confort et tranquillité. Trop souvent c’est l’inverse et l’on perd beaucoup de temps pour rien à essayer de contacter les fabricants et vendeurs qui font rarement preuve de responsabilité devant leurs produits défectueux. Nous avons tous des dizaines d’exemples qui illustrent ces propos.

Au bout de quinze jours de vie au port, mon équipier a compris qu’il serait mieux qu’il débarque pour vivre pleinement sa musique. Il travaille beaucoup et le groupe a vraiment progressé. Mais le Popote se transformait en hôtel et moi en homme d’entretien et de ménage alors que Robi n’avait pas du tout le même rythme de vie que moi. Il restera finalement à Essaouira et moi je repart sans lui. Je suis content de le voir s’éclater tous les soirs avec les autres musiciens et je ne loupe aucun concert (4/semaine). C’est une séparation en bon terme. Combinée à l’attente de ce sacré colis, cela modifie un peu mon prochain itinéraire. Je ne passerai pas un mois au Cap Vert et ferai escale aux Canaries.

Je suis maintenant plus connu à Essaouira qu’à La Charité sur Loire. Impossible de faire plus de 50 mètres sans salam ; labes ; berher ; etc Quelle richesse sociale. Tous dans la rue. Cela ouvre aux rencontres et au dialogue. Quel plaisir de voir des gosses de tout âge jouer dehors sans surveillance parentale parfois jusqu’à 22 ou 23h pendant le ramadan. J’ai passé toutes mes soirées en compagnie de marocains. Je ne compte plus le nombre d’invitation que j’ai dû refuser. Les marocains peuvent nous donner de sacrées leçons de vie. A l’heure où le monde occidental s’impose par la force aux musulmans et face à l’islamophobie qui hante la quasi-totalité des familles politiques françaises*, je ne peux que vous conseiller d’aller à la rencontre des marocains. Mais tout n’est pas rose dans ce pays où s’implantent des organisations djihadistes d’une extrême violence. C’est dans des espaces délaissés par l’Etat, dans la misère des bidonvilles que, chaque jour, se fabriquent les conditions d’une révolte désespérée. Il y a environ 160000 personnes qui vivent dans des ghettos miséreux à une demi heure du centre ville de Casablanca. Ils n’ont ni eau courante, ni électricité, ni égouts. Ce sont des zones de non droit où règnent quelques caïds de quartier, autoproclamés « émir ». Une nouvelle génération d’intégriste, les takfiristes. Traditionnellement, la convivialité dans les médinas s’organise autour de la mosquée, du four à pain et du bain maure. Dans les bidonvilles, l’absence de toutes organisations de la vie collective a empêché la construction du lien social. Je pense que l’islam extrémiste est le produit de la désagrégation de l’islam traditionnel et non la résurgence de celui-ci.

Je dois malheureusement quitter le Maroc pour être en Martinique avant le 10 janvier. C’est la date à laquelle arrivera Sandrine en avion pour passer deux mois avec moi.

*Le débat sur l’éventuelle entrée, dans une douzaine d’années, de la Turquie au sein de l’union européenne produit bien des délires.



Mégabizzzz