Nous avons pris notre temps pour remonter la Martinique du Sud au Nord par la cote Est. Trois semaines pour 35 Milles (1) de côte et 8 mouillages différents. La cote Est de la Martinique offre quantité d’excellents abris où personne ne va. Il n’y a pas de marina et nous avons toujours été le seul bateau habité au mouillage. Jusqu’à La Trinité une multitude d’îlots cernés de coraux déborde les longues pointes du littoral. C’est une alternance de mangroves noyées au fond des baies, de plages et de récifs coralliens repérables à la couleur de l’eau et au déferlantes. La navigation doit y être précise et constante mais ne présente pas de difficultés particulières. Surtout qu’à bord du Popote, l’ordinateur connecté au GPS est là pour nous positionner à quelques mètres près sur une carte dont l’échelle est souvent de 1/10 000. Fastoche.

Carnaval au François. Le seul village martiniquais à ne pas faire la fête en solidarité avec quelques propriétaires de pavillons détruits par un glissement de terrain. Nous y sommes! Dommage mais peut être évitable. La quantité de logements individuels est impressionnante. Il y a des baraques partout et les coins isolés sont extrêmement rares. 380 000 habitants pour 1100km2, 73km de long et 39 de large dont une partie montagneuse. Cela pose des problèmes. Le plus important étant certainement la circulation automobile. Embouteillage assuré même dans les villages les plus petits. Tous les trottoirs sont occupés par des voitures en stationnement. Aucune solution alternative ne semble envisagée. C’est dommage car cela rend l’île invivable. Je continue à penser que l’automobile est un fléau pervers dans nos sociétés.

Alors nous passons du bon temps dans la baignoire de Joséphine. C’est un havre de paix et d’émerveillement pour le promeneur en PMT (palmes, masque, tuba). Les coraux sont féeriques et les poissons multicolores sont nombreux.

Le Havre du Robert offre une multitude de possibilités de mouillages. Nous sommes donc assuré d’en trouver un parfaitement abrité où Le Popote ne bougera pas d’un poil pendant qu’une mer forte déferle au large sur le récif corallien. Farniente, lecture et cuisine créole à bord.

Passée une nuit dans la baie du Galion, déserte mais ne présentant que peu d’intérêt, cap sur la baie du Trésor dans la presqu’île de la Caravelle. C’est une petite mais superbe réserve naturelle traversée par un sentier pédestre qui passe dans la mangrove, dans la forêt mais aussi dans une sorte de maquis. La végétation et les paysages y sont donc variés. Mais la marche n’est pas très facile. Avec les fortes précipitations de ces jours-ci les sentiers sont de véritables bourbiers.

Ce fut tout de même un grand plaisir car les sentiers de randonnées faciles et balisés sont rares. Nous nous sommes également promenés en PMT. L’eau n’y est pas très claire. Il y a entre 3 et 5 m de visibilité. Mais en nageant près des récifs coralliens affleurants, c’est une grande variété de vies et de couleurs qui nous émerveille toujours autant. Les poissons ne sont pas farouches. J’ai eu la surprise de voir une tortue qui devait bien faire 50cm de diamètre. Elle s’est malheureusement enfuie à la vitesse d’un lièvre !

Après un excellent séjour dans la baie du trésor, nous sommes de retour en ville, à La Trinité. La ville semble agréable mais malheureusement le mouillage y est inconfortable avec ce vent du Nord. J’ai eu la chance d’essayer un fabuleux bateau où il faut tout désapprendre pour savoir. C’est un prao de 12m avec un gréement « pince de crabe ». Il se dirige sans safran ni dérive. Juste équilibre génial et convaincant. Jeremy (33 ans), architecte, constructeur et skipper de son proto donne tout son temps et son énergie à sa passion. Il a développé une connaissance approfondie de cette architecture navale oubliée. Je vais retourner passer du temps avec lui pour mieux comprendre ces techniques. Mais nous devons rapidement quitter La Trinité car la météo se dégrade et le mouillage est trop inconfortable. La navigation pour rejoindre St Pierre ne durera que cinq heures mais elle fut éprouvante. Le vent était fort et la mer très agitée. Deux heures de prés humide pour commencer puis la cerise sur le gâteau. En passant entre la Martinique et la Dominique, le vent a forci et nous avons atteint 11,3 nœuds en vitesse de pointe! Yahou !!! Grand largue, Solent tangonné et GV au deuxième ris, houle de deux mètres cinquante dans les fesses et 6-7 Beaufort.

Mouillage au pied de la montagne pelé, à St Pierre pour profiter d’un site reposant sur la cote Caraïbe.

(1) 1 Mille nautique = 1.852 km

, posté Le Mercredi 23 Février 2005