02/12/2004
Voilà exactement 24 heures que j’ai largué les amarres. Le long de l’île de Tenerife se produit des accélérations du vent dû au relief élevé. J’ai eu des rafales, de la mer agitée et désordonnée, de la pétole, des averses, un peu de mal de mer et quelques moments extra mais globalement longer la côte puis s’éloigner de l’île ne fut pas une partie de plaisir. Mais aujourd’hui c’est mieux. La mer est un peu forte mais le vent semble stable. Le bateau avance bien sous régulateur d’allure.

Il fut impossible de déjeuner en paix tant les mouvements à l’intérieur sont importants. Petit déjeuner debout, sanglé contre la paillasse de la cuisine après que le beurre et le pot de confiture aient fait un vol plané depuis la table. La matinée se passe tranquillement. Petit bricolage, je largue le ris pris pour la nuit, range et nettoie le bateau, vérifie la position et le cap, installe la ligne de traîne et c’est partie pour un bon moment de glandouille. Coca, farniente et jeux débiles sur l’ordinateur. Le bateau est légèrement sous toilé. J’avance à 4.5 nœuds. C’est peu mais je me raisonne. Les efforts dans la structure sont faibles. Les voiles ne fatiguent pas. Moi non plus.
Qui veut naviguer loin, ne se croit pas en course
03/12/2004
Le bateau penche du coté de mon lit. Voilà comme j’explique la façon dont c’est passée la journée d’hier. Souvent allongé à écouter le bateau avancer. Pendant le trajet Essaouira Canaries j’ai ainsi entendu un poisson mordre à l’hameçon... Je m’explique. J’ai eu le sentiment d’un faible ralentissement anormal alors j’ai cherché des algues ou des plastiques prisonniers dans mon safran. Rien. La ligne de traîne ? Bingo !
Je réceptionne mal voir pas du tout les cartes météos via la BLU et l’ordinateur. Dans ce cas il me reste le classique bulletin de RFI à 11h40 mais ce sont des prévisions à 24h. Un peu juste pour déterminer une route idéale à moyen terme mais suffisant pour prévenir d’une grosse tempête. De toutes façons je suis engagé. Alors j’essaie de suivre les conseils d’un livre : « Routes de grande croisière » de Jimmy CORNELL gentiment soufflé par mon routeur préféré, Patrick du bateau Skøiern :
... les alizés sont rarement établis avant mi-novembre. Comme la plupart des traversées se font entre fin novembre et début décembre, la pratique courante est d'atteindre les latitudes plus basses aussi vite que possible afin de maximiser les chances de trouver les alizés. Une autre bonne raison pour laquelle il vaut mieux descendre Sud en quittant les Canaries, est qu'ainsi on sort de la zone d'influence des dépressions atlantiques...Par conséquent des vents de SW ou d'Ouest peuvent sévir jusqu'à la latitude 28°N, et occasionnellement encore plus au Sud.
Pour ceux qui ne peuvent suivre les prévisions météo sur les systèmes de perturbations de l'Atlantique Nord, la meilleure tactique est alors d'effectuer la plus grande partie de leur traversée à la même latitude que leur destination aux Antilles, ou légèrement plus au Nord pour ceux qui vont sur Antigua ou les Iles Vierges...
En fait la route préconisée est de naviguer SSW pendant les 1000 premiers milles, de façon à passer à 200 ou 300' au NW des Iles du Cap Vert, puis route à l'W, mais c'est plus long. Sinon, plus direct, en passant par 20°N/30°W puis 15°N/40°W, mais on risque de trouver les alizés un peu plus tard.
Le régulateur d’allure fonctionne H 24. C’est un appareil strictement mécanique (pas d’électricité ou d’électronique) qui maintient le bateau sur un cap par rapport au vent. Il y a donc une girouette que l’on règle et une partie immergée qui transmet l’énergie mécanique au safran. C’est malin et ne doit pas tomber en panne mais sa mise en œuvre et un peu plus longue qu’un pilote électronique sur lequel presser un bouton suffit. C’est lui que j’utilise pendant les manœuvres comme cette nuit où un grain mais soudainement sorti du lit.
Les panneaux solaires fournissent l’électricité nécessaire à l’ordinateur qui fonctionne beaucoup, au réfrigérateur et à l’éclairage.
Hier ma moyenne fut de 4.5 noeuds. En 48 heures j’ai parcouru 224 milles.




05/12/2004
Pas de soleil hier. Donc pas d’électricité. Donc pas d’ordinateur, pas de courrier ni de jeux, info météo réduite. Par contre le vent est au rendez-vous. La moyenne est de 5,4 nœuds et pourrait être supérieur en équipage. Je réduis la toile pour la nuit et ne barre jamais. Mais le régulateur d’allure a bien du travail. Avec la forte houle de trois quart arrière, le bateau est très instable et fait des zigzags avec une amplitude de plus de trente degrés. Cela n’arrange pas la vitesse ni le confort. Un descendeur (huit d’escalade qui sert normalement à faire du rappel) est installé comme frein de bôme. C’est très efficace en cas d’empannage involontaire. Je l’ai vu à l’œuvre. Pas de poisson frais dans mon assiette mais un leurre « maison » a disparu et peu de temps avant j’ai loupé un poisson de petite taille (c’est relatif, rien à voir avec une castagnole ou une ablette ). Par excès de gourmandise j’ai installé deux lignes de traîne. Une courte et une longue. La courte (- de 10 mètres) a pris mais le poisson l’a entraîné vers la longue. Emmêlement, perte du poisson et une heure en pleine nuit pour démêler les lignes.

Je ne suis toujours pas habitué à la nuit en mer. Près des côtes j’ai peur de la terre et des autres bateaux. Au large, j’ai peur tout simplement. Comme les enfants qui ont peur du noir. La mer est plus grosse, le vent est plus fort et moi je suis tout petit au milieu de tout ça.
La mer est agitée à forte, le vent souffle du Nord Est entre 4 et 6 Beaufort. Je commence à infléchir ma route vers l’Ouest pour la raccourcir en espérant trouver des Alizés stables rapidement. Il y a un anticyclone sur les Açores qui est de bon présage.
06/12/2004
Toujours une importante couverture nuageuse aujourd’hui.
J’ai pris une belle daurade coryphène de 50 cm hier soir juste avant le dîner. Je manquais d’inspiration pour choisir le menu. Elle est arrivée à point. Sitôt péchée, sitôt cuisinée et mangée, avec un bol de riz, du gingembre frais et un citron. Cela m’a bien aidé à passé une mauvaise nuit. J’ai eu l’impression de ne pas fermer l’œil de la nuit. Mer forte et désordonnée, vent force 6. Trois ris dans la grand voile, soit la réduction maximale avant l’affalé et foc N°2. Le bateau roule parfois violement si bien qu’il m’est toujours impossible de manger à table. C’est donc sanglé contre la cuisine que je prends mes repas depuis deux jours. L’amplitude du roulis va jusqu’à 30° mesurés au gitométre. Sur les dernières 24 heures, je fais une moyenne de 5,7 nœuds. 6 jours de mer. Peut-être un quart du temps et je commence seulement à être dans le rythme. Je pense que j’ai eu un léger mal de mer pendant les quatre premiers jours. C’est ça qui m’a fait passer autant de temps au lit

Agréable visite d’une importante compagnie de dauphins qui sont venus jouer à l’étrave pendant une demi-heure. Puis ils ont disparu.
Je glandouille. Le bateau va bien, il ne souffre pas et n’a pas besoin de moi. Il glisse seul. Malgré une importante et intéressante bibliothèque, je ne lis presque pas. J’ai commencé « Au péril de la science ? » d’Albert JACQUARD. Passionnant mais je préfère la glandouille.

08/12/2004
Grand soleil avec la température qui va avec. Le vent a baissé un peu. Il souffle maintenant à 5 Bft de l’Est alors que je viens d’avoir 3 jours à 6 Bft. Je suis toujours grand largue (165° du vent apparent) et le frein de bôme m’a déjà rendu de bons services. La houle est forte. Elle fait partir le bateau dans des surfs que le régulateur accepte étonnamment bien. J’ai changé tout son circuit de drosse vieillissant par du bout en Vectran de 2 mm avec des ajuts en 4 mm aux taquets coinceurs. Le tout circule dans un réseau de petites poulies à billes. Les frottements sont donc réduits au minimum pour la plus grande efficacité possible. Je pense aux fêtes de Noël que je pourrai bien passer à terre si je cravache le bateau.
Mon meilleur leurre de pèche à été emporté hier. Au Maroc les rapalats ne coûtent « que » dix euros. Mais c’est tout de même rageant de les voir disparaître aussi rapidement. Alors je me suis lancé dans la construction « maison » de leurre. Et il y en a déjà un qui a disparu. Preuve qu’il fonctionne. C’est impressionnant de voir la ligne de traîne se tendre d’un seul coup, le sandow « amortisseur » couiner et ch’blang ! Tout cassé. Emporté par un monstre que de toutes les façons je n’aurais pas pu remonter à bord.
Un poisson volant est venu finir sa course dans le cockpit cette nuit. Je venais de finir de manger alors je l’ai gentiment remis à l’eau en lui demandant de bien faire la commission à ses potes que le prochain qui vient me saloper le cockpit, je le mange ! Quelle odeur ! Il sentait très fort. J’en vois souvent et ils volent longtemps parfois à un mètre de la surface mais en général au raz de l’eau.
Je suis en train de dessiner mon futur bateau. Dessiner, construire puis naviguer serait un rêve. Le programme de navigation de ce futur bateau est complètement différent de celui du Popote. Je veux pouvoir remonter les fleuves avec un petit bateau de raid à très faible tirant d’eau. Construction « hi-tech » en sandwich et fibres « exotiques ». Capacité à faire du prés. Appendices escamotables en nav’ pour pouvoir toujours réduire la traînée quand le bateau est équilibré. Gréement simple. Démontage rapide pour le portage et le transport à la main ou derrière une petite voiture. Les ligériens voient très bien de quoi je veux parler. C’est beau une transat’ mais il n’y a pas grand-chose à voir et personne à rencontrer au milieu de l’Atlantique. Avec le développement de la plaisance, ses charmes vont disparaître en même temps que les mouillages forains sauvages. Il y a des fleuves sur tous les continents ou il fera bon se promener sans stress et avec simplicité.

Le Popote est un boulet. Confortable mais c’est tout de même un boulet en voyage car aux escales, j’ai passé plus de temps à l’entretenir et à le préparer pour les futures navigations qu’à visiter, me promener, rencontrer. A Santa Cruz, port « pas trop cher » j’ai tout de même payé 17€/jour pour être à quelques mètres des camions qui embarquaient sur les ferry, pour avoir accès à une douche froide et pour être cantonné dans une marina où tu ne rencontres que des gens qui ont les mêmes objectifs que toi. C’est bien mais il doit y avoir d’autre moyen de voyager.
Je trouve ça long. J’ai hâte d’arriver.
10/12/2004
La houle est grosse et le vent souffle entre 5 et 6 Bft de l’Est. Je tire des bords grand largue, à 165° du vent apparent à une moyenne de 6 nœuds. Le bateau part dans des surfs à plus de 9 nœuds parfois 10. Le confort à l’intérieur du bateau est moyen. Il est toujours impossible de manger à table. L’appétit est excellent. Je dévore toute la journée mais ne grossis pas malgré tout. La dépense énergétique doit être importante vu le travail musculaire constant pour rester en équilibre. Je manœuvre beaucoup plus qu’au début à cause des empannages successifs mais aussi car j’essaie maintenant de garder la vitesse maxi. Je veux arriver en Martinique avant Noël. Je me suis aperçu depuis quelques jours que c’était possible alors je garde la moyenne au dessus de 5.4 nœuds. Le bateau ne semble pas souffrir. Pas de casse.
Je vois toujours avec plaisir beaucoup de poissons volants mais j’ai supprimé la ligne de traîne. Le leurre était traîné au planning à cause de la vitesse trop importante.
La couverture nuageuse empêche les deux panneaux solaires de fournir toute leur énergie. Je suis contraint à faire 1 heure de moteur tout les deux jours. Ce n’est pas la mer à boire.
12/12/2004
C’est la course. J’ai les écoutes entre les dents. La moyenne est montée à 6,3 nœuds. Je parcours 150 milles en 24 heures juste en peaufinant en permanence les réglages des voiles et en affinant au mieux la trajectoire. Plus d’empannage, tout sur le même bord, génois léger tangonné et GV haute, le bateau enchaîne les surfs pour mon plus grand plaisir. Pur glisse. Mais du coup je ne dors plus beaucoup. Il est difficile de se reposer quand on est limite surtoilé. Il ne faut pas se laisser surprendre par une augmentation du vent. Je suis aux aguets. Mais le vent reste stable en force. Sa direction varie légèrement alors que l’état de la mer est en constante évolution.
Le bateau émet des sons, une musique lancinante, planante. J’essaie d’identifier tous les bruits. Il y a les vagues et le vent mais aussi l’eau qui court contre la coque et gronde à chaque surf. Les aménagements grincent et le hale bas couine. La balancine tinte contre le mât. Le gréement sous tension vibre et chante. L’évier glougloute et la vaisselle se promène un peu. Tout ça rythmé et orchestré par les mouvements du bateau. C’est un vrai régal, un concert pour marin, une musique d’ambiance exaltante. Peut-être faut il être en manque de sommeil pour y être réceptif. Comme le ramadan m’a exulté les sens, 2-3 heures de sommeil par 24 heures me transportent.
14/12/2004
Il est plaisant de constater que l’heure du lever et du coucher du soleil avance en même temps que moi. Cette nuit j’ai pris un ris dans la GV « de confort » pour dormir un peu. Cela n’a pas empêché la moyenne d’être à 6 nœuds. Je pense arriver au « Cul de sac du Marin », c’est beau comme nom de destination, le 21. Depuis le 7/12 je ne pense qu’à faire avancer le bateau le plus vite possible, le mieux possible avec la trajectoire la plus parfaite. Cela demande une grande attention et c’est une occupation à temps plein. Donc pas de pêche. La vitesse est de toutes manières trop importante pour les leurres. Pas de lecture, fini la glandouille dans la bannette. Les premiers signes de fatigue sont apparus. Quelques points de coutures aux extrémités du génois légers ont lâchées. Normal, dans 25 noeuds il lui est arrivé de claquer. Une fissure sur la mâchoire du tangon est en train de grandir. Mes poches sous les yeux se creusent. Mais je prends un grand plaisir à écouter le bateau partir dans des surfs qui s’enchaînent.
15/12/2004
Je suis de plus en plus sûr d’être au Marin vers le 21, dans six jours. Exceptionnellement le 20 au soir. Cela modifie grandement ma façon d’être à bord. J’ai ralenti le bateau, bien que la moyenne soit encore de 6 nœuds et repris la pêche. Encore un joli rapala bleu disparu avec sa prise. J’ai essayé sans succès un bas de ligne en acier tressé. Vu la vitesse, j’essaie aujourd’hui une ligne fortement plombée et un leurre souple qui ne semble pas trop faire de « planning ». Il fait toujours 31°C à l’intérieur du bateau. Je sors dehors que le minimum. Trop chaud, trop de soleil. Les journées se ressemblent toutes mais passent vites. Les nuits se déroulent mieux qu’au début mais j’évite toujours, si possible, de manœuvrer dans le noir.
J’ai enfin reçu un mail sur mon appareil de communication satellitaire. Son emploi n’est pas simple et il y a deux notices (une sur papier et une téléchargeable) avec des points différents. Le tout en anglais Mais maintenant cela fonctionne et c’est magique. Me voilà rassuré. Mes messages ont bien été réceptionnés. Vous savez tous où je suis. Il n’y a que moi qui ne sais pas.
17/12/2004
Pour la pêche, on repassera. Le plomb a entortillé la ligne. Malgré trois émerillons, la ligne est foutue, pleine de coque. J’abandonne. Le vent est tombé et ma moyenne aussi. Je caressai l’espoir d’arriver le 20. C’est foutu mais cela se précise pour le 21. Reste à s’arranger pour atterrir de jour. Le cul de sac du Marin est un vrai labyrinthe semé de haut fonds et d’îlots. En revanche il semble être un excellent abri pour les plaisanciers.
Le soleil donne fort. Je passe toute la journée à l’intérieur du bateau pour m’en protéger. Des grains humides se succèdent sans augmentation de la force du vent. Juste une petite variation dans la direction. C’est extrêmement plaisant de naviguer ainsi pendant une longue durée avec des conditions stables. Mais c’est long. Arrivée prévue dans quatre jours.
19/12/2004
48 heures. Arrivée possible dans 48 heures et le bateau déboule pleine vitesse et dévale la grosse houle atlantique en enchaînant les surfs. C’est très fun, très plaisant mais pas reposant ni pour le bonhomme, ni pour le matériel. Je viens de passer de longues heures à faire de la couture à la main dans les voiles. Point en zig-zag. Fil doublé. Pommelle pour pousser et pince pour tirer l’aiguille à travers d’importantes épaisseurs de tissus. Cela m’a occupé pendant deux jours pour remettre en état une voile qui à l’âge du bateau. Elle me rendra encore de fiers services pour le retour et me permet de préserver les voiles plus récentes pour des allures plus prés du vent. C’est ça la classe sur le Popote. On choisi ses voiles en fonction de la force du vent mais aussi suivant l’allure. Le luxe. Avec des voiles de trente ans.
C’est la fin du pain. Encore un ou deux repas et ce sera fini. Tenir du pain pendant vingt jours n’est pas facile. Le mieux est le sac plastique fermé et le frigo voir le compartiment glace du frigo. Dès que les premières taches de moisi sont apparues, j’ai brossé le vert. Un petit coup sur la plaque « grill pain » et c’est parfait. Il me reste des tomates que j’avais choisi bien vertes et emballées individuellement dans du papier journal. Impeccable. Je n’en ai pas jeté une seule. Les bananes, un régime bien vert, ont toutes mûri en même temps au bout d’une semaine. J’ai jeté presque toutes les oranges. Les citrons sont encore parfaits. Le jambon cru emballé dans un linge et stocké au frigo est délicieux. L’ananas fut un régal au bout de dix jours. Il me reste de quoi tenir un siège pendant un mois au moins. Les coffres sont encore pleins à raz. La ligne de flottaison n’est pas encore prête pour revenir à une valeur normale.
Il fait chaud toute la journée (30°C, 76% d’hygrométrie) mais aussi la nuit. Des grains se succèdent en apportant de temps en temps de quoi rincer copieusement le pont et les voiles. L’eau est bonne mais j’ai suffisamment de stock pour me laver quotidiennement à l’eau douce. Je redoute l’arrivée de chaque nouveau grain. Pour l’instant les modifications de force et de direction de vent étaient mineures. Mais Météo France annonce des rafales sous les grains depuis dix jours. J’essaie de continuer à y croire afin de rester alerte. J’ai l’impression que je dois redoubler de vigilance à l’approche de la terre qui est maintenant à 250 MN. A l’intérieur comme sur le pont tout est en ordre pour réagir et affaler au plus vite le génois qui est limite trop puissant depuis trois jours. Je reste scotché au speedométre qui est pour moi synonyme de « plaisirométre ». S’éclater à 6.5 nœuds (12 Km/h) et jouir pour 10 nœuds (18,5 Km/h), c’est tout de même décalé et délicieux.
20/12/2004
Je n’ai jamais été aussi prêt de l’arrivée. 120MN de la Martinique. C’est fête à bord. Musique (Noir Désir) à fond et vigilance vis-à-vis des grains qui se succèdent et des autres bateaux que je pourrai maintenant rencontrer. Je profite pleinement de ces derniers jours tout en étant très content d’arriver. Mon atterrissage devrait se passer de jour. Le bateau est en très bon état. A part mon rythme de sommeil complètement décalé, je suis en pleine forme. Pas une égratignure sur les mains, pas de contusion ou de coup, pas de brûlure, rien. Rien de plus, rien de moins qu’avant le départ.
31°C et 77% d’hygrométrie. Je suis à poil et en sueur sans rien faire.
21/12/2004
Voilà. C’est fini. C’est fait. Trois années de préparation pour trois semaines de navigation résumées en deux minutes de vidéo
2800 MN de zig et de zag en 20 jours et 4 heures. 5,8 noeuds de moyenne grâce au vent, au courant et aux vagues. 10 heures de moteur pour fournir de l’électricité (moins de 10 litres de gasoil).100% de portant. 45 empannages. 3 voiles d’avant utilisées, du foc n°2 au génois léger en passant par le génois lourd toujours tangonnés. Les 3 ris de la GV ont servi. Le régulateur d’allure « Navick » a bien barré pendant la totalité de la traversée. Une fissure sur un embout de tangon qui s’est agrandie. Usure de la bordure du génois léger qui a ragué sur le balcon avant pourtant bien lisse. Plusieurs dizaines de centimètres de couture dans le génois lourd (qui a tout de même trente ans ). Un réa (en plastique) de renvoi plat pont éclaté. C’est celui du hale-bas de tangon. Deux cargos croisés les quatre premiers jours au large de la Mauritanie. Depuis, plus personne. Perdu quatre leurres.
Alain
, posté Le Jeudi 23 Décembre 2004